Sur un plateau professionnel, le choix du dolly ou du chariot détermine la qualité du mouvement autant que la caméra elle-même. Fisher 10, Panther S-Type, Chapman PeeWee — ces machines à 25 000, 40 000 ou 60 000 euros ne s’improvisent pas. Voici comment aborder ce choix de façon méthodique, à partir de trente ans de tournages.
Dolly, travelling, chariot : quelles sont les vraies différences ?
La confusion entre ces trois termes, je la vois sur à peu près chaque production qui commande de la machinerie pour la première fois. Chaque outil répond à une logique précise — et le mauvais choix peut coûter plusieurs heures de réglage.
Un dolly est un chariot de caméra monté sur roues pneumatiques ou sur rails. Il permet des mouvements fluides avant/arrière (push/pull), latéraux, ou combinés. Le dolly classique comme le Fisher 10 ou l’Elemack Crickett accepte un bras télescopique pour varier la hauteur de caméra pendant le mouvement — c’est ce qui en fait un outil polyvalent, au centre de la majorité des tournages longs.
Le travelling désigne le mouvement lui-même, pas l’équipement. En pratique, on parle de travelling avant quand la caméra avance vers le sujet, de travelling latéral quand elle accompagne le déplacement d’un personnage. Ce mouvement peut être réalisé sur rails, sur dolly à roues, ou même sur steadicam.
Le chariot sur rails est la solution la plus précise et la plus reproductible. Les rails — courbes ou droits — s’assemblent au sol et garantissent une trajectoire fixe que l’on peut répéter take après take. Indispensable pour les scènes qui demandent plusieurs passages identiques.

Quels sont les principaux modèles de dollies professionnels ?
Le marché de la machinerie cinéma haute gamme est dominé par quelques fabricants dont les machines sont présentes sur tous les grands plateaux mondiaux.
Le Fisher 10 — la référence polyvalente (~40 000 €)
Le Fisher Model 10 est probablement le dolly le plus utilisé au monde sur les productions de long métrage. Son prix neuf avoisine les 40 000 euros. Sa conception permet une grande variété de configurations : bras télescopique, position basse, montage latéral caméra.
“Après trente ans sur les plateaux, le choix du dolly dépend avant tout du plan demandé par le réalisateur. Le Fisher 10 répond à 80 % des situations — c’est pour ça qu’il est partout.”
Sa robustesse sur les sols difficiles et la précision de son bras hydraulique en font le choix par défaut des directeurs de la photographie expérimentés. Il accepte les têtes de la plupart des fabricants — O’Connor, Cartoni, Sachtler.
Le Panther S-Type — précision et compacité (~25 000 €)
Le Panther S-Type, c’est la solution quand l’espace est limité ou quand la production cherche un compromis entre maniabilité et performance. Son tarif de l’ordre de 25 000 euros le rend accessible à des parcs de location plus petits, ce qui explique sa large diffusion sur les productions européennes.
Sa direction à quatre roues directrices lui donne une agilité certaine dans les décors resserrés — couloirs, appartements meublés, voitures. Le guidage peut y devenir physiquement éprouvant pour le machiniste si le timing des prises est serré. (J’ai vu des tournages en appartement où le machiniste finissait la journée avec les bras qui tremblaient — pas un mythe.)
Le Chapman PeeWee IV — le standard américain (~60 000 €)
Le Chapman PeeWee est la référence sur les productions HBO, Netflix et les studios américains. Son prix neuf dépasse les 60 000 euros. Il se distingue par la qualité de son système de levée hydraulique et par sa capacité à accueillir des ensembles caméra très lourds — jusqu’à 180 kg en configuration complète.
On le trouve régulièrement sur les tournages à fort budget machinerie. Sa construction américaine très robuste en fait un outil particulièrement adapté aux conditions d’extérieur difficiles.
L’Elemack Crickett — polyvalence sur rails
L’Elemack Crickett est l’outil du compromis : suffisamment léger pour être transporté sans camion dédié, suffisamment précis pour les scènes de dialogue exigeantes. On l’utilise souvent en complément d’un Fisher 10 sur les tournages longs qui nécessitent deux configurations simultanées.
Quand utiliser quoi selon la configuration du tournage ?
Le dolly à roues pneumatiques
Idéal pour les décors intérieurs avec des surfaces planes — parquet, béton lissé, dalles de studio. La mise en place est rapide, pas de rails à poser. Mais le moindre câble au sol, la moindre irrégularité, et le plan est compromis. Il faut anticiper la préparation du terrain — et les productions sous-estiment ça plus souvent qu’on ne le croit.
On l’utilise typiquement pour :
- Les plans séquences en appartement
- Les suivis de personnage dans des couloirs
- Les scènes de dialogue qui nécessitent une légère profondeur de champ en mouvement
Les rails de travelling
La pose de rails demande du temps — prévoir 30 à 90 minutes selon la longueur et la configuration du terrain. Mais la précision obtenue est incomparable. Les rails courbes permettent des mouvements circulaires autour d’un sujet, très utilisés en publicité pour les plans produit et en fiction pour les scènes de confrontation.
Cas d’usage typiques :
- Travelling d’accompagnement sur des comédiens en marche
- Plans d’ouverture ou de fermeture avec une trajectoire définie
- Scènes en extérieur où le sol est irrégulier (les rails compensent avec des cales)
Un ensemble de rails professionnels représente plusieurs dizaines de mètres de section. Le transport et la gestion logistique font partie du calcul.

La tête hydraulique — un choix aussi important que le chariot
Le choix de la tête est aussi déterminant que celui du chariot lui-même. Une tête hydraulique — Cartoni Lambda, O’Connor 2575 — offre une résistance réglable qui rend les panoramiques et les tilts particulièrement veloutés. Pour des plans lents et dramatiques, la tête fait souvent la différence entre un mouvement propre et un mouvement qui se ressent dans la salle.
Une tête O’Connor de référence coûte entre 8 000 et 15 000 euros. C’est un investissement distinct du dolly, que les productions intègrent rarement dans leur première estimation de budget machinerie.
Ce que le chef machiniste doit anticiper avant de choisir
Avant toute décision d’équipement, le chef machiniste doit avoir répondu à ces questions fondamentales :
- Quelle est la surface de tournage ? Parquet, moquette, gravier, herbe — chaque surface impose des contraintes différentes sur le choix du dolly et la nécessité de rails.
- Combien de prises sont prévues ? Si la scène se tourne en une ou deux prises, l’installation de rails lourds n’est pas justifiée. Si le réalisateur aime travailler dans la répétition, les rails deviennent indispensables.
- Quel est le poids de la caméra ? Un système ALEXA avec optique anamorphique pèse facilement 15 kg sur tête. Avec la tête et les accessoires, l’ensemble peut dépasser 25 kg. Le dolly et les rails doivent être dimensionnés en conséquence — c’est une question de sécurité autant que de performance.
- Quel est le temps disponible pour l’installation ? Un planning serré oriente vers le dolly pneumatique. Un décor complexe et une scène clé justifient l’installation de rails.
“Le bon équipement, c’est celui qui répond précisément aux contraintes du plan — ni plus lourd, ni plus complexe que nécessaire. Emmener un Chapman PeeWee sur un tournage en appartement de 3 jours est une erreur autant qu’un dolly sous-dimensionné sur une production HBO.”
Pourquoi louer plutôt qu’acheter ce type de matériel ?
Un ensemble dolly + rails + tête hydraulique représente un investissement de 100 000 à 150 000 euros. Rares sont les sociétés de production dont le volume de tournage justifie cet investissement en fonds propres. La location permet de mobiliser le matériel exactement pour les jours utiles — et surtout, de bénéficier d’un équipement maintenu par un professionnel qui le connaît dans ses moindres détails.
La formule la plus efficace est de louer directement auprès du chef machiniste qui possède son parc. L’expertise et le matériel font alors partie du même package. Découvrez nos services de location de machinerie cinéma ou contactez-nous pour un devis.

FAQ
Quelle est la différence entre un dolly et un chariot de travelling ?
Le dolly est un équipement physique — un chariot motorisable monté sur roues pneumatiques ou sur rails. Le travelling désigne le mouvement de caméra lui-même : avancer, reculer ou longer un sujet. Un travelling peut être réalisé sur dolly, sur rails, ou avec d’autres systèmes comme le steadicam. Le terme est souvent utilisé à tort pour désigner l’équipement.
Combien coûte un dolly de cinéma professionnel ?
Les dollies professionnels se situent entre 25 000 et 60 000 euros selon le modèle : Panther S-Type (~25 000 €), Fisher 10 (~40 000 €), Chapman PeeWee IV (~60 000 €). Un ensemble complet avec rails, tête hydraulique et accessoires dépasse facilement les 100 000 euros. C’est pourquoi la location est la formule retenue par la quasi-totalité des productions cinéma et audiovisuel.
Quand faut-il poser des rails plutôt qu’utiliser le dolly à roues ?
Les rails sont indispensables dès que la trajectoire doit être précise et reproductible take après take, ou que le sol est irrégulier. En intérieur sur surface plane, le dolly pneumatique suffit souvent et permet une mise en place plus rapide (15 à 30 minutes contre 30 à 90 minutes pour les rails). Le chef machiniste évalue cette question en repérage, avant le premier jour de tournage.
Peut-on louer un dolly sans chef machiniste ?
Techniquement oui, mais ce n’est pas recommandé pour du matériel haut de gamme. Un dolly professionnel mal utilisé peut être endommagé ou provoquer un accident sur le plateau. La formule la plus courante — et la plus sécurisante pour la production — est de louer un dolly à Paris directement auprès du chef machiniste qui en est propriétaire. Il connaît son équipement et garantit son utilisation optimale.
Quels types de mouvements de caméra nécessitent un dolly ?
Le dolly est utilisé pour tous les mouvements fluides sur l’axe horizontal : travelling avant (push-in), travelling arrière (pull-out), travelling latéral (accompagnement de personnage), et les combinaisons. Il permet aussi les variations de hauteur pendant le mouvement grâce à son bras télescopique. Pour les mouvements verticaux purs, on se tourne vers la grue ou le jib.